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// C.A.I.R.E

A l’occasion de la triennanle SUD2013, les porteurs du projet C.A.I.R.E (Collectif Artistique/Architectural d’Interventions Responsables et Ethiques), Amandine Braud , Lucas Grandin et Kamiel Verschuren , ont travaillé à Bonamouti-Deïdo. Dans ce quartier ancien, situé au bord du fleuve, subsistent encore beaucoup de modestes constructions en « carabotte », cet assemblage horizontal de planches de bois qui se superposent.

Les artistes de C.A.I.R.E ont négocié avec les habitants de ces logis une originale convention de troc : échanger une intervention d’amélioration du confort ou de rénovation de l’habitat contre la « libération » d’une surface murale pour l’intervention d’un artiste plasticien invité ou membre du collectif C.A.I.R.E. Le processus commence par une série d’entretiens avec les habitants choisis afin de tomber d’accord, en termes de priorité et de faisabilité, sur la nature des travaux à entreprendre. Pour cela, les artistes de C.A.I.R.E doivent prendre connaissance de l’histoire de la maison et de celle de la famille qui l’occupe. Les informations recueillies détermineront la nature du chantier d’amélioration du confort et constitueront également les termes de référence de l’intervention artistique sur le mur « libéré ». Une fois l’accord conclu, le chantier peut commencer. Des terrasses, des escaliers, des portes, des auvents ont ainsi été construits à la demande des habitants, et, en échange, les trois artistes du collectif, ainsi que les plasticiens Romuald Dikoumé, Aser Kash ou Léah Touitou sont intervenus sur les murs de ces habitations.
Deux autres chantiers ont été entrepris par C.A.I.R.E à Bonamouti pour des petits commerçants du quartier.
L’un, très léger, a consisté en la fabrication de petit mobilier d’assises pour un mini-restaurant de rue installé dans un container métallique. Les portes ont été peintes par l’artiste Salifou Lindou, qui réside à quelques dizaines de mètres de là.
L’autre, plus important, a permis l’aménagement d’une terrasse, l’édification de sa toiture, et la construction d’un mobilier fixe pour un local hébergeant deux activités de commerce distinctes. Dans la journée, ce lieu, une ancienne petite case en maçonnerie, partiellement détruite par la municipalité pour un projet d’alignement finalement abandonné, abrite un « mixeur » qui malaxe avec un appareil électrique des légumes, fruits, condiments et céréales pour les ménagères du quartier. En soirée, le même lieu abrite une « beignéterie » qui offre des beignets de farine ou de maïs accompagnés de bouillie ou d’haricots rouges aux consommateurs. L’artisteMalala Andrialavidrazana a été choisie pour intervenir sur les murs de ce lieu. La photographe malgache a expérimenté pour l’occasion une technique de fresque photographique réalisée par transfert sur la surface murale d’images imprimées par laser sur support papier. Malala a patiemment photographié des produits du marché aux vivres, de la vaisselle de tôle émaillée couramment utilisée dans la restauration de rue à Douala, des préparations culinaires locales, pour en faire une riche et colorée composition de grand format qu’elle a transféré sur la façade principale de la bâtisse. Puis elle a photographié des enfants et des figures marquantes du quartier pour composer d’autres images de dimensions plus réduites, transférées sur la façade et sur les murs intérieurs de la beignéterie. L’esthétique de l’intervention de l’artiste reproduit comme en écho toute l’énergie de la dynamique entrepreneuriale et de la jeunesse de Bonamouti.

Didier Schaub